Après les Européennes où le taux d’abstention avait atteint presque 60%, celui du premier tour des élections régionales grimpe jusqu’à 53,63%. Comment expliquer ce net recul de la participation après des élections présidentielles de 2007 qui avaient mobilisé plus de 80% d’électeurs ?




Tout d’abord de nombreuses études révèlent une désaffection évidente pour la politique et ses acteurs après la crise économique. Les promesses de 2007 n’ont pas été tenues et la défiance du citoyen a connu un net sursaut. Ensuite, il faut reconnaitre que le chiffre des dernières présidentielles était trompeur. Il ne démontrait pas un réel intérêt pour la politique en général mais plus pour un combat entre deux personnalités. Tout comme une émission de télé réalité peut passionner les Français…D’un côté un homme incarnant l’autorité, le travail, la nation et le volontarisme. De l’autre, une femme, belle et moderne, symbole du renouveau du Parti Socialiste. Le tout magnifiquement orchestré médiatiquement et animé par un trublion nommé François Bayrou. Endemol n’aurait pas trouvé meilleur casting…
Revenons à nos Régionales. Nombreux analystes, voyant le faible score de l’UMP, considèrent que ce sont ses électeurs qui ne sont pas allés voter. Pourtant l’électorat de droite est réputé pour être présent dans les urnes. Le vote fait d’ailleurs parti des « obligations » des encartés UMP et des valeurs de ce parti. Pas sûr donc que cette explication soit valable. Ce qui est sûr c’est qu’une partie de son électorat, déçu par la politique de Nicolas Sarkozy, est retournée dans le giron du Front National. L’hypothèse d’une abstention majeure à droite est d’autant plus étonnante que personne n’ignorait avant ces élections que le Mouvement Populaire serait en difficulté. Les militants UMP étaient donc conscients de l’importance de leur vote dimanche dernier.
Plutôt que de se demander d’où viennent ces 23,5 millions de Français qui ne sont pas allés voter, ce qui fait d’eux, et de loin, le plus grand « parti » de France, demandons-nous pourquoi. Effectivement la crise économique et un sérieux désamour des Français pour leurs hommes politiques sont deux raisons certaines et déjà évoquées précédemment. La difficulté pour les électeurs d’identifier les enjeux de cette élection régionale en est une autre, là aussi largement commentée par les spécialistes. Mais la principale ne viendrait-elle pas tout simplement de la droite elle-même ? Depuis des semaines, voir des mois, Nicolas Sarkozy et François Fillon s’évertuent à expliquer aux Français que les exécutifs régionaux sont inutiles et couteux. Dans ce contexte, comment les encourager à s’approprier ce vote ? Avec ce projet de réforme territoriale et la création de conseillers territoriaux qui géreront à la fois la Région et le Département, le Premier ministre s’est efforcé de prouver à ses concitoyens que la région n’avait plus de raisons d’exister. Xavier Bertrand est d’ailleurs allé encore plus loin au lendemain du premier tour en déclarant que ces dernières avaient été inutiles, sinon un poids pendant la crise. Drôle de façon de promouvoir le second tour… Pire encore, l’UMP est aujourd’hui tenté de minimiser l’ampleur de sa défaite en arguant qu’avec un tel taux d’abstention, celle-ci n’est pas vraiment significative. Le serpent semble se mordre la queue.
On comprend en tout cas mieux aujourd’hui pourquoi cette réforme territoriale est tant souhaitée du côté du Mouvement Populaire. Avec son nouveau découpage et son nouveau mode de scrutin, elle aurait permis à la droite de bien figurer au lendemain d’une élection régionale à un seul tour. Même en ayant réalisé le plus faible score de son histoire, elle aurait conservé la Corse et l’Alsace et reconquis l’Ile-de-France, Rhône-Alpes, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Auvergne, Champagne-Ardenne mais aussi le Centre. Bref, un bel hold-up et une magnifique arnaque démocratique.
Simon Gleize
Mots-clefs : abstention, élections, Bayrou, Bertrand, endemol, fillon, front national, PS, régionales, sarkozy, ump
16 mars 2010 à 21:07 |
c’est bien ton article le sims mais je pense qu’on n’a pas la même vision sur tous ces branleurs qui n’ont pas voté. j’ai l’impression que tu cherches à les dédouaner, à leur chercher des excuses. ca tiendrait qu’à moi je leur enlèverai leur carte d’électeur!!! Toutes les “excuses” pour ne pas voter ne tiennent pas partir du moment où l’on souhaite vivre en démocartie. Ils devraient se rappeller qu’il n’y a pas si lontemps certains d’entre nous (mesdames notamment!) n’avaient pas le droit de vote. Belle mentalité et quel respect pour ceux qui se sont battus !!! et après beaucoup de ceux cités en objet se plaidront…
17 mars 2010 à 08:37 |
Je ne cherche pas à les dédouaner Manu. Je suis simplement surpris que l’on soit surpris par l’abstention alors qu’il me semble que rien n’a été fait pour encourager les gens à voter et que la participation est depuis longtemps faible ou en trompe l’oeil comme en 2007. Mais tu as raison je suis pour rendre le vote obligatoire (comme au Chili je crois par exemple), à condition que le vote blanc soit pris en compte. Je pense que ça pousserai les gens à s’interesser à la politique et les politiques ne pourraient pas fermer les yeux devant plus de 50% de votes blancs. Merci pour tes commentaires Manu, le débat est lancé!
28 mars 2010 à 19:49 |
Bonjours, tout d’abord je tiens à dire que l’article de Simon est très intéressant.
Mais je tiens surtout à répondre au commentaire de Manu. Ton point de vue est louable bien que trop manichéen et réducteur à mon gout bien sur en vers les abstentionnistes.
Car il faut a mon avis se poser la questions du pourquoi. Comme l’a signalé Simon un désamour de nos politiques suite a la crise, surement, mais a mon avis ce désamour était déjà présent bien avant celle ci. Je pense qu’il faut également se pencher sur le paysage politique actuel souvent trop restreint aux seul UMP et PS les autres partis étant dans les médias relégués au second plan ou considérés comme des partis balance qui ne servent qu’a influence les deux grosses machines de guerre que sont le PS et l’UMP.
De plus vivre en démocratie c’est le pouvoir de s’exprimer de participer a la vie politique mais aussi de ne pas le faire. Pour finir Simon tu compare la politique à une émission de télé réalité et je suis entièrement d’accord seulement ne pense tu pas qu’une telle dérive dans la manière de communiquer en politique risque d’affecter de plus en plus la crédibilité et l’importance qu’on donne à la parole de nos politiques et donc par conséquent de voir chute la participation aux éléctions de meme que l’audimate d’une émission qui devrait penser à se renouveler?
P.S: Je n’ai meme pas recu les programmes des candidats de ma régions !!
30 mars 2010 à 15:19 |
Merci Vincent pour ton commentaire. En effet, comme précisé dans l’article, le désintérêt des Français pour la politique est apparu bien avant la crise puisque le seul sursaut de participation a eu lieu pour la présidentielle de 2007.
Quand je parle de télé-réalité, loin de moi l’idée de trouver ça bien. Au contraire, je trouve ridicule que les hommes politiques et spécialistes politiques se soient féliciter de cette hausse alors qu’elle était un véritable trompe l’oeil. Preuve en est qu’aujourd’hui, de nombreuses personnes qui ont voté pour Sarkozy se retournent contre lui alors qu’il ne fait (presque) qu’appliquer ses promesses. Ces gens là n’avaient donc rien compris au débat qui opposait les deux candidats et ne s’étaient interessés qu’à leur personnalité.
Pour ce qui est de la médiatisation trop faible des petits partis, je ne suis pas sûr qu’elle soit dû aux médias. C’est l’audience qui dirige les débats. Ces petits partis ayant moins d’adhérents, ils interessent moins de monde, ont moins de moyens pour communiquer…bref c’est un cercle vicieux puisque la notoriété entraine la médiatisation qui entraine elle même la notoriété. Mais avec des personnages emblèmatiques comme peuvent l’être par période Cohn Bendit, Besancenot ou Le Pen, j’ai tout de même l’impression que ces partis ont de la place dans le débat médiatique. Souviens toi, il y a quelques mois, les adhérents d’extrème gauche reproché même à Olivier Besancenot d’être trop souvent sur les plateaux télé…alors que son parti ne représente finalement qu’une très faible minorité…
12 avril 2010 à 16:32 |
“je trouve ridicule que les hommes politiques se soient féliciter”.
Pour bien orthographier la terminaison de “féliciter”, il faut le remplacer par battre ou battu (ce qui ne manque pas de sel vu le contexte).
Par conséquence, si l’on pense que “les hommes politiques se soient battus” convient mieux que “les hommes politiques se soient battre” alors il faut accorder “félicités”, mais au niveau sémantique, on peut également trouver ridicule que les hommes politiques se soient battus.
gros bisous
Denis